Smartphone, source de liberté ou de contrainte ? A vous de choisir.

infomania

Infomania ou technostress (surmenage causé par un surplus d’information), nomophobie (peur d’être séparé de son portable), akrophonia (dépendance à son téléphone portable) etc… les expressions sont multiples pour dénoncer un phénomène effectivement répandu mais pas forcément aussi inquiétant qu’il en a l’air.

Quand des articles de presse titrent « 78% des moins de 25 ans sont accros à leur portable », cela peut paraître effrayant au premier abord. Je pense qu’il faut juste un peu se détendre et réfléchir une minute à la signification du mot accro. Le terme glisse la plupart du temps de sa définition originale (dépendance à,…) à son utilisation dans le langage familier (être passionné par… ). On est ACCRO de chocolat, de shopping, de son mec/meuf, de son natel, de série TV, de jeux vidéos, mais ce type d’addiction ne signifie pas automatiquement qu’on est en situation d’accousouffrance physique ou psychologique. Il ne s’agit pas d’une réelle addiction au sens pathologique du terme. Ces personnes ne subissent pas toutes des dommages physiques ou psychiques parce qu’elles n’arrivent pas à lutter contre cet attachement nocif. Au contraire, les mêmes sondés qui se disent accros à leur portable, répondent dans la foulée combien ils sont heureux d’en avoir un, combien les conséquences sur leur vie sont positives et combien il est selon eux une bonne chose que les téléphones portables deviennent omniprésents.

La question centrale n’est donc pas celle de la dépendance. La question est celle de la liberté et de l’autodiscipline. Si les « digital détox » et autres initiatives ponctuelles du style « les journées sans portable » rencontrent de plus en plus succès, c’est parce que certains utilisateurs se sentent dépassés et aliénés par leur rapport à leur téléphone portable, tablette, ordinateur, etc… Si pour un 1/3 des personnes l’accès wifi est devenu le critère numéro un dans le choix d’un hôtel, pour d’autres (ou non, plutôt pour les mêmes mais à d’autres moments) les espaces « sans Wi-Fi » sont devenus très attractifs.

Par espace sans Wi-Fi, je n’entends pas un endroit tellement désuet ou perdu qu’il n’y a pas de Wi-Fi, non j’entends un établissement en plein centre-ville, comme c’est par exemple le cas à Amsterdam, où des boutiques ou des cafés proposent de bloquer tout signal entrant à 5km et d’offrir donc à leur client le nouveau luxe suprême : une « Free NO-Wifi zone ».

Parmi les nombreuses initiatives marketing qui voient jour pour surfer sur cette vague, on citera également l’exemple du Spa Eastman, au Québec, qui propose une désintox techno.  À l’arrivé, les appareils sont pris en charge. On vous offre un guide «Reconnecter» qui propose des trucs pour rééquilibrer l’utilisation des appareils numériques au quotidien.

Bref, il y a une réelle ambivalence, chez la plupart des utilisateurs, on aimerait pourvoir s’en passer, mais on n’a pas vraiment envie d’essayer. Finalement, si on y pense, ce qu’on aimerait vraiment c’est que les autres (nos conjoints, nos enfants, notre chef) sachent s’en passer. Avez-vous remarqué combien la dépendance des autres vous semble tellement plus exagérée et insoutenable que la vôtre ?

Assez parlé du problème, concentrant nous sur la solution. Comme on ne peut pas vraiment vivre toute l’année dans un SPA, comme un retour dans le passé n’est pas prévu pour demain, comme même si votre téléphone tombe dans les toilettes vous allez en racheter un, comme une panne prolongée de réseau coûterait trop cher aux opérateurs, il faut chercher ailleurs.

Sauf qu’ailleurs, c’est ici. C’est le bon sens de la vie quotidienne. C’est s’interroger sur la place qu’on veut que le portable prenne dans notre vie personnelle et dans notre vie de famille. C’est réfléchir, par exemple, si activer le push de ces e-mails c’est la liberté de rester joignable sans être au bureau ou la contrainte de ne pas pouvoir décrocher. Finalement, le vrai problème avec ces nouvelles technologies c’est qu’on ne nous a pas livré le mode d’emploi qui va avec. On ne nous a pas informés des précautions d’usage, des effets secondaires, de la nécessité de consommer avec modération. Finalement ce n’est peut-être pas plus mal, car c’est à chacun de trouver le « dosage » qui lui convient.

Ce n’est donc pas la technologie qui pose problème, mais bien l’usage qu’on en fait. Nous devons apprendre à les utiliser, pas seulement techniquement parlant, mais également en ce qui concerne nos habitudes de vie. Nous connaissons leur multiples avantages et avons plaisir à nous extasier sur toutes ces nouvelles applications qui nous facilitent voire nous changent la vie. Soyons également conscients de leurs limites : du risque qu’elles représentent pour notre capacité d’attention, du stress que le fait d’être en permanence connecté peut engendrer, du fait qu’on ne sait plus s’ennuyer. Pour apprécier les libertés qu’ils nous offrent, restons libres de choisir quand et comment on les utilise. N’oublions pas que nous avons dans notre cerveau la plus puissante des applications : le libre-arbitre.

 

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